Situation épidémiologique

SITUATION EPIDEMIOLOGIQUE DU VIH AU SENEGAL

Au Sénégal, les premiers cas de sida sont apparus en 1986. La prévalence dans la population générale est restée basse et stable grâce à des efforts soutenus combinés de prévention, de traitement et de soutien.

La Prévalence de l’infection a VIH

L’analyse de la situation épidémiologique et la triangulation des différentes données, montre que le profil de l’épidémie de VIH au Sénégal est de type concentré, avec une prévalence basse dans la population générale(0,7% : EDS 4, 2005 et EDS-MICS, 2010-2011, 0,5% en 2012 selon les données de l’ONUSIDA) et élevée dans les populations clés les plus exposées au risque du VIH.

Prévalence VIH de 18,5%[1] au niveau des Professionnelles du sexe (PS) en 2010 contre 19,8%[2] en 2006,

Prévalence VIH de 18,5%[3] au niveau des Hommes ayant des relations sexuelles avec les Hommes (HSH) en 2013 contre 21,8%[4] en 2007 (ELIHoS),

Prévalence VIH de 10,2% chez les Consommateurs de drogues (CDI) (CNLS ANRS CRCF 2011)[5].

Disparités géographiques de l’épidémie du VIH/sida

On note d’importantes disparités dans la distribution de l’épidémie selon les régions. En effet, Il ressort de l’EDS-MICS, 2010-2011 que les régions les plus touchées sont les régions du Sud et du Sud Est : Kolda (2,4%), Kédougou (1,7%), Tambacounda (1,4%), Sédhiou (1,1%), Kaolack (1,1%), Ziguinchor (1%).

Les régions du Sud et du Sud Est sont caractérisées pardes taux de prévalence élevés par rapport au reste du pays.

Les nouvelles infections

La dynamique des nouvelles infections, montre une tendance a la baisse du VIH au Sénégal (graphique 1),


Estimation des nouvelles infections chez les adultes de plus de 15 ans

 

Les nouvelles infections étaient estimées à 1 600[6] chez les adultes de 15 à 49 ans en 2013. La distribution de ces nouvelles infections se répartit entre les populations clés et les couples dits stables. On observe une baisse régulière du nombre des nouvelles infections depuis l’année 2001, estimée à environ 70%. Cela marque une tendance à la baisse de l’infection à VIH au Sénégal, liée à la précocité et à la régularité des programmes de prévention et d’accès aux soins.

Les modes de transmission

Les résultats des études Mode of Transmission (MoT) de 2010 et 2013 indiquent que 70% des nouvelles infections surviennent au sein des couples hétérosexuels dits stables (voir tableau ci-dessous).

Distribution des nouvelles infections selon la population clé

Nouvelles infections (MoT 2013)

Pourcentage

Transfusion sanguine

0,0%

Injection médicale

0,22%

Pas de risque

0,0%

Couples hétérosexuels stables

69,42%

Partenaires des personnes qui ont des rapports occasionnels

8,22%

Personnes ayant des rapports occasionnels

13,72%

Partenaires féminins des HSH

0,95%

HSH

04,64%

Partenaires des clients des PS

0,14%

Clients des PS

1,17%

PS

0,29%

Partenaires des CDI

0,07%

CDI

1,17%

Total

100%

 

Ce contexte de transmission s’expliquerait par les interactions qui existent entre les personnes ayant des rapports sexuels occasionnels et les partenaires réguliers. Toutefois pour renforcer l’information stratégique et mieux comprendre les dynamiques d’interaction entre les populations clés et la population générale, un suivi des notifications et une analyse des observations seront menés dans le cadre d’un partenariat avec le CDC.

Le taux de transmission de VIH de la mère à l’enfant (TME) est passé de 7,2% en 2008 à 4,3% en 2012.

Les Personnes Vivant avec VIH

Selon les dernières estimations[7], 39 000 personnes vivent avec le VIH (PVVIH) au Sénégal en 2013 dont 5 400 enfants de 0 à 14 ans. Les femmes infectées représentent 61% des adultes. Les décès liés au sida sont estimés à 1 800.

Le taux de couverture actuel des patients sous traitement ARV est de 56% chez les adultes et 26% chez les enfants selon les critères de 2010 de l’OMS. Toutefois ce taux de couverture serait respectivement de 39% et 15% si l’on considère les besoins des  personnes vivant avec le VIH prenant en considération les recommandations de l’OMS de 2013.

Le taux de survie à 12 mois des patients inclus en 2012, est estimé à 71% et la couverture du co-traitement de la TB/VIH est passée de 34% à 70% entre 2010 et 2013. Nous ne disposons pas d’étude spécifique sur la prévalence de la co-infection TB/VIH mais la  prévalence de l’infection à VIH chez les patients TB testés est de 9% en 2012. Elle est restée stable à 10% entre 2008 et 2011(PSN TB 2013-2017).

 

Estimation des cibles VIH entre 2013 et 2017 à partir de Spectrum

 

2013

2014

2015

2016

2017

Nombre d'adultes et d'enfants infectés par le VIH[8]

38 702

37 737

36 907

36 379

36 097

Nombre d'adultes de plus de 15 ans infectés par le VIH

33 313

32 614

32 048

31 788

31 800

Nombre d'enfants de moins de 0 à 14 ans infectés

5 389

5 123

4 860

4 591

4 297

Nombre de femmes ayant besoin de PTME

2 197

2 043

1 904

1 782

1 673

Nombre d'adultes et d'enfants ayant besoins d'ARV

25 239

31 306

31 003

31 139

31 798

Nombre d'enfants ayant besoins d'ARV

3 252

2 991

2 801

2 719

2 722

Nombre d'adultes ayant besoins d'ARV

21 987

28 315

28 262

28 420

29 076

Nombre d’OEV

18 961

18 951

18 900

18 666

17 652

EPP-Spectrum est un logiciel d’estimation et de projection conçu par l’ONUSIDA. Le logiciel a été considérablement amélioré d’année en année et la version actuellement utilisée à travers le monde est la version 4.58 qui intègre EPP entièrement à Spectrum. Les données d’estimation Spectrum ont été revues et actualisées, puis validées par le groupe Estimate de l’ONUSIDA Genève en 2012[9].

Les populations les plus exposées au risque VIH

Les résultats des études épidémiologiques ont permis d’identifier deux catégories de populations :

§  Les populations clés les plus exposées au risqued’infection à VIH au Sénégal : I) les professionnelles du sexe, II) les Hommes ayant de rapports sexuel avec des Hommes et III) les Consommateurs de drogues injectables.

  I  Les professionnelles du sexe (PS)

La prévalence du VIH chez les professionnelles du sexe reste toujours élevée. Les dernières études estiment à 18,5% en 2010 (ENSC, 2010) contre 19,8% en 2006 (ENSC, 2006).

 II   Les hommes ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH)

La prévalence du VIH parmi les HSH était de 18,5%[10] en 2013. Cette prévalence est plus élevée chez les HSH âgés de 25 ans et plus (34,4%) que chez les jeunes HSH âgés de moins de 25 ans (12,7%).

III   Les consommateurs de drogues injectables (CDI)

Une enquête biologique et comportementale auprès de ce groupe menée dans la région de Dakar par le CNLS et le Centre de Recherche Clinique et de Formation (CRCF) en collaboration avec l’Agence Nationale pour la Recherche sur le Sida (ANRS-France a  montré que la prévalence du VIH est élevée chez l’ensemble des usagers de drogue enquêtés 5,2%. Selon le mode d’usage de drogue, la prévalence du VIH chez les injecteurs(actuels ou antérieurs) est de 10,2%[11].

Les autres populations vulnérables

L’analyse de la situation épidémiologique en 2012 actualisée en 2014[12] et le Plan stratégique VIH 2014 – 2017 montrent  des populations qui continuent à être exposées au risque VIH avec une prévalence VIH relativement faible mais 2 à 3 fois supérieure à la moyenne nationale. Ce sont les populations en contexte de vulnérabilité ou populations vulnérables.Ce groupe est constitué par :

Les populations en situation de mobilité : leur situation se caractérise par d’importants flux migratoires internes et transfrontaliers, notamment un « exode » rural, une migration inter pays (liée au travail, aux conflits, etc.), une mobilité professionnelle (personnels de forces de sécurité, camionneurs, pécheurs, populations fréquentant les marchés hebdomadaires, etc.). Les facteurs qui exposent les populations mobiles sont liés d’une part à la mobilité elle-même et les prises de risque durant le parcours migratoire, la situation de célibat géographique et d’autre part aux facteurs socioculturels (statut matrimonial, instruction, faible accès à la prévention et aux soins…). 

 Les camionneurs, circulant essentiellement sur les principaux axes routiers ont été étudiés en 2006 et 2010[13]. Avec les interventions continues dans ce groupe, la prévalence du VIH chez les camionneurs a connu une baisse significative elle est passée de 1,4% en 2006[14]à 0,6% en 2010. La prévalence est plus basse chez les camionneurs de moins de 35 ans. Par contre, elle dépasse 1% chez les personnes âgées de  35 ans et plus (1,9% pour les 35-39 ans, 1,2% chez les 40-49 ans et 1,8% chez les 50 ans et plus). Les résultats de l’ENSC de 2010 ont également montré que les camionneurs non instruits (1,6%), les mariés polygames (2,4%) et les consommateurs d’alcool (1,1%) sont les plus affectés par le VIH si on considère respectivement le niveau d’instruction, la situation matrimoniale, la consommation d’alcool, les relations sexuelles avec les PS ainsi que l’adhésion aux actions de prévention.

 Les pécheursessentiellement dans les régions de Thiès, Louga, Saint Louis, Ziguinchor et Dakar ont été étudiés en 2006 et 2010. Bien que l’on note une baisse de la prévalence entre 2006 (1%) et 2010 (0,8%), les pécheurs ont une prévalence qui dépasse 2 fois la moyenne nationale des  hommes qui est de 0,5% selon l’EDS-MICS de 2010-2011. Les enquêtés âgés de 25 à 29 ans sont les plus infectés (1,5%).

 Les orpailleurs, souvent en déplacement lié à leur travail sont considérés comme une population passerelle avec un taux de prévalence de l’infection à VIH de 1,3% (ENSC, 2010) (soit 0,8% chez les hommes et 2,5% chez les femmes qui fréquentent les orpailleurs). La prévalence chez les orpailleurs est plus élevée que la moyenne nationale (0,7%, EDS-MICS 2010-2011).

D’autres groupes de populations sont décrits dans le Plan stratégique national 2014-2017. Ces groupes sont constituées par :

Les personnes handicapées, qui se définissent comment des personnes qui présentent des incapacités physiques, intellectuelles ou sensorielles durables dont l’interaction avec diverses barrières peut faire obstacle à leur pleine et effective participation à la société sur la base de l’égalité avec les autres. La prévalence de l’infection à VIH chez les personnes handicapées est de 1,2% à Dakar en 2010[15] et 2,7% à Ziguinchor en 2013[16]. Cette prévalence est presque 3 fois plus élevée que celle de la population générale dans ces régions  (0,4% à Dakar et 1% à Ziguinchor (EDS-MICS) (0,7% au niveau national)[17].

Les personnes privées de liberté : le taux de prévalence de l’infection au VIH est de 1,5% (ENSC, 2010) chez les détenus. Par ailleurs, il correspond à plus du double de la moyenne nationale (0,7% selon l’EDS-MICS, 0,5% en 2012 selon l’ONUSIDA), ce qui fait apparaître les détenus comme un groupe vulnérable au VIH eu égard au faible accès à la prévention, aux outils de prévention et à l’accès aux soins en contexte de détention. La prévalence du VIH chez les femmes détenues (4,5%) est cinq fois supérieure à celles des femmes au niveau national (0,8%, EDS-MICS, 2010-2011) et à celle des détenus mâles (0,9%).

Les femmes : selon les résultats de l’EDS-MICS, le taux de séroprévalence de 0,8% chez les femmes de 15-49 ans est supérieur à celui des hommes de la même tranche d’âges qui est de 0,5%. En effet, on note au Sénégal une tendance à la baisse du ratio d’infection femme/homme, qui est passé de 2,25 en 2005 (EDS IV) à 1,6 en 2010 (EDS-MICS). Dans les régions à forte prévalence, les taux de prévalence VIH sont les plus élevés chez les femmes.

Les jeunes filles et jeunes garçons restent exposés au VIH malgré une prévalence faible au VIH avec 0,2% et une sex-ratio F/G de 3. En milieu rural, les jeunes (0,3%) sont 3 fois plus infectés que ceux du milieu urbain (0,1%), avec des disparités régionales telles que Kolda (1,4%), Sédhiou (1,1%), Ziguinchor (0,9%), Tambacounda (0,7%), Fatick (0,5%) et Kaolack (0,2%). Les jeunes garçons de Kolda et Tambacounda étant plus infectés que les filles alors que c’est la tendance inverse au niveau des autres régions.

Les Forces de sécurité (policiers, gendarmes, etc.),sont décrits dans le groupe des populations mobiles. Dans ce groupe, celui des policiers se caractérise par son faible taux de prévalence qui a connu une baisse entre 2006 et 2010 (0,6% contre 0,2%). Ce niveau de prévalence chez les policiers est inférieur à la moyenne nationale (0,7%, EDS-MICS de 2010-2011).

 


[1] ENSC 2010

[2] ENSC 2006

[3] ELIHoS 2013 (Résultats provisoires)

[4]ELIHoS 2007

[5]Rapport UDSEN, 2011

[6]HIV2013Estimate_Sengal UNAIDS (May 2014)

[7]Spectrum 2013

[8]Données d’estimation et projections EPP Spectrum 2013, Sénégal, (données d’estimation et projections issues de Spectrum 2013 - version 4.58) - ONUSIDA, CNLS Sénégal

[9]Données d’estimation et projections EPP Spectrum 2013, Sénégal, (données d’estimation et projections issues de Spectrum 2013 - version 4.58) - ONUSIDA, CNLS Sénégal

[10] ELIHoS 2013

[11] Rapport UDSEN, 2011

[12] PSN 2014-2017

[13]ENSC, 2010

[14]ENSC, 2006

[15]Résultats préliminaires de l’étude bio-comportementale sur la vulnérabilité des personnes handicapées au VIH/sida dans la Région de Ziguinchor, HELITE/HI/SWAA 2014
[15]Rapport de l’enquête sur la « Vulnérabilité au VIH des personnes vivant avec une déficience : Cas de la région de Dakar » ; APAPS/RARS/HI 2011

[16]Résultats préliminaires de l’étude bio-comportementale sur la vulnérabilité des personnes handicapées au VIH/sida dans la Région de Ziguinchor, HELITE/HI/SWAA 2014

[17]Rapport de l’enquête sur la « Vulnérabilité au VIH des personnes vivant avec une déficience : Cas de la région de Dakar » ; APAPS/RARS/HI 2011

 

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